Vous l'avez peut-être vu sur un panneau de chantier ou dans le bulletin municipal : « Petites villes de demain ». Six ans après son lancement, le label couvre 1 646 communes de moins de 20 000 habitants et plus de 7 millions de personnes.
Que change concrètement le programme pour les habitants ? Il ne verse rien aux particuliers. Il donne aux petites mairies les moyens de monter des projets de logement, de commerce ou de cadre de vie, dont une grande partie restait à livrer fin 2024.
Autrement dit, si vous attendez une transformation visible en deux ans, vous risquez d'être déçu. Si vous regardez ce qui se prépare, le tableau est plus intéressant. Voici ce que disent les chiffres, et ce qu'ils ne disent pas.
Un chef de projet plutôt qu'un chèque
Lancé en octobre 2020, le programme vise les communes qui jouent un rôle de centralité dans leur bassin de vie. Ce sont celles où l'on vient pour le collège, la pharmacie ou le marché, même quand on habite le village d'à côté.
Son outil central n'a rien de spectaculaire : un chef de projet. L'État cofinance ce poste jusqu'à 75 % de son coût annuel. Sa mission est de piloter le projet de revitalisation avec les élus, puis de le faire avancer.
Pourquoi est-ce si important ? Parce qu'une mairie de 5 000 habitants n'a pas toujours quelqu'un pour monter un dossier de financement, suivre une étude et coordonner les partenaires. Sans cette personne, un projet peut rester des années dans un tiroir.
Fin 2024, environ 870 postes avaient été cofinancés, pour près de 95 millions d'euros. Mais tous les territoires n'ont pas démarré au même rythme. Le Sénat note que la difficulté à recruter et à garder un chef de projet a creusé des écarts durables entre communes.
Pour vous, cela signifie une chose simple : deux villes voisines labellisées peuvent avoir des résultats très différents.
Trois milliards qui n'étaient pas de l'argent nouveau
Le chiffre a fait les gros titres en 2020 : 3 milliards d'euros sur six ans. Il mérite d'être lu de près.
Selon le rapport sénatorial d'octobre 2025, la part de l'État, soit 1,47 milliard, reprenait des dotations et des fonds déjà existants, étalés sur six ans. Le programme n'a pas non plus ouvert d'enveloppe dédiée à l'investissement des communes.
Cela a été une déception qu'il n'y ait pas eu d'enveloppe dédiée pour l'investissement au sein de ce programme.
Le bilan affiche pourtant 3,7 milliards d'euros engagés à fin 2024. Le détail compte : environ 1,9 milliard vient de l'Anah pour la rénovation des logements, 1,4 milliard de l'État et 121 millions de prêts de la Banque des Territoires.
L'ANCT estime que l'argent de l'État entraîne quatre à cinq fois sa valeur en projets. C'est une bonne nouvelle, à une nuance près : le reste doit bien être payé par quelqu'un, et notamment par votre commune.
Le logement avance, les chantiers se voient tard
Le programme recense environ 30 000 actions. Près des deux tiers étaient engagées ou livrées dans le bilan de l'ANCT, mais le Sénat rappelle que seules 20 % avaient été livrées au 31 décembre 2024.
« Engagée » ne veut pas dire « terminée ». L'habitat illustre bien cet écart : 50 % des actions engagées, 18 % seulement livrées. Rénover un immeuble ancien de centre-bourg prend du temps, entre l'étude, le financement et le chantier. Les particuliers qui reprennent une maison à 1 euro vendue par leur commune l'apprennent eux aussi très vite.
Quelques résultats commencent toutefois à apparaître :
- la vacance « structurelle » des logements, c'est-à-dire de plus de deux ans, a reculé de 5,3 % en 2020 à 4,9 % ;
- 353 481 logements ont été rénovés grâce aux aides de l'Anah ;
- 34 % des actions d'accès aux services étaient livrées, et 35 % engagées.
Attention tout de même à la lecture de ces chiffres. Ils décrivent une évolution, pas une preuve que le label en est la seule cause. Dans le baromètre publié en 2025, 57 % des habitants jugeaient que les aménagements avaient amélioré leur cadre de vie ou leurs déplacements. C'est encourageant, mais une part importante d'entre eux n'en dit pas autant.
Les habitants, eux, ont des attentes précises. Dans le baromètre Ipsos de mai 2026 pour l'ANCT, l'APVF et la Banque des Territoires, leurs premières priorités sont l'offre de santé (33 %), la sécurité (30 %) et les commerces de centre-ville (28 %). Sur le premier point, un programme d'aménagement ne remplace pas un médecin traitant qui accepte de nouveaux patients.
Les difficultés de déplacement, citées par 33 % des sondés comme frein à l'installation, posent la même limite. Là, la réponse se joue souvent ailleurs, par exemple avec le transport à la demande de votre territoire.
Le commerce reste le test le plus dur
Une rue aux vitrines fermées se voit tout de suite. Pourtant, le commerce ne pèse que 9 % des actions du programme, derrière le cadre de vie (17 %), l'habitat (16 %) et la mobilité (12 %).
Le contexte national n'aide pas. Le Conseil national du commerce situe la vacance commerciale autour de 11,6 % en 2025, contre 9,5 % en 2019. Dans les villes petites et moyennes, il décrit un emploi « atone » dans le commerce de détail, surtout dans le nord du pays.
Il existe malgré tout des cas encourageants. À Saint-Jean-d'Angély, en Charente-Maritime, Localtis rapporte que la vacance commerciale est tombée de 30 % à 18 % en dix ans. Mais regardez la durée : dix ans, c'est plus long que le programme lui-même. Il s'est ajouté à une politique municipale déjà engagée.
C'est sans doute la leçon la plus utile. Le label accompagne une volonté locale, il ne la remplace pas. Un centre vivant tient aussi à ce que les habitants y font, du marché aux fêtes de village qui ramènent du monde sur la place.
Le conseil de Solène
Pour juger le programme chez vous, oubliez le logo sur le panneau. Demandez en mairie la convention-cadre et la liste des actions prévues, puis posez une question simple en réunion publique : lesquelles sont livrées, lesquelles sont financées, et lesquelles restent sur le papier ?
Prolongé à partir de 2027, mais avec quels moyens
D'abord attendu pour mars 2026, le terme du programme a été repoussé : la page officielle de l'ANCT indique décembre 2026. Dans le communiqué de juin 2026, la ministre Françoise Gatel affirme que le gouvernement « a fait le choix de prolonger Petites villes de demain à partir de 2027 ».
Reste l'essentiel. Au 1er novembre 2026, nous n'avons trouvé dans les pages officielles ni durée, ni enveloppe, ni nouvelle vague de communes. La prudence s'impose donc, d'autant que le Fonds vert, souvent mobilisé par les communes, est passé de 2,5 milliards d'euros en 2024 à 1,15 milliard en 2025.
Les sénateurs demandaient de prolonger de deux ans le cofinancement des chefs de projet, puis de lancer une démarche plus large, « Territoires de demain », à partir de 2028. Le Conseil national du commerce souhaite de son côté un volet commerce renforcé. Ces deux pistes sont des recommandations, pas des décisions.
FAQ — Petites villes de demain
Comment savoir si ma commune fait partie de Petites villes de demain ?
L'ANCT publie une carte interactive et un lien vers la liste complète des 1 646 communes sur data.gouv.fr. Votre mairie peut aussi vous le confirmer et vous dire si votre intercommunalité porte une partie des actions.
Le programme verse-t-il de l'argent aux habitants ou aux commerçants ?
Pas directement. Il aide d'abord les communes à monter leurs projets, notamment en cofinançant un chef de projet. Les habitants en profitent par les aménagements réalisés. Les aides à la rénovation de l'Anah ont beaucoup pesé dans le bilan, mais elles relèvent de leurs propres règles : renseignez-vous auprès de l'Anah.
Ma commune peut-elle encore entrer dans le programme ?
Les 1 646 communes ont été sélectionnées sur proposition des préfets. Le gouvernement a annoncé une prolongation à partir de 2027, mais nous n'avons pas trouvé d'annonce officielle d'une nouvelle vague au 1er novembre 2026. Interrogez votre préfecture et consultez le site de l'ANCT.
Le programme s'arrête-t-il fin 2026 ?
Non, selon l'annonce du gouvernement, qui a choisi de le prolonger à partir de 2027. La page officielle du programme affiche encore une échéance en décembre 2026. Durée et moyens de la suite restent à vérifier sur le site de l'ANCT.
Ce qu'il faut regarder dans votre commune
Petites villes de demain n'a pas ressuscité les centres-bourgs d'un coup de baguette, et il n'a jamais eu les moyens de le faire. Il a surtout donné à de petites mairies une compétence qui leur manquait.
Trois questions permettent de se faire une opinion sur pièces :
- votre commune a-t-elle gardé son chef de projet ?
- combien d'actions sont réellement livrées ?
- qui paiera les prochains chantiers ?
La vraie réponse viendra des prochains budgets, et de ce qu'il restera de cet élan une fois le logo retiré du panneau.

